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un
film de MEHDI CHAREF
Sortie le 20 décembre 2000
Production
: LA CHAUVE-SOURIS
Prod. délégué
: ERIC NEVE
Direct.Prod.: NORA SALHI
Début tournage : 4 OCTOBRE
1999
Fin tournage : 30 NOVEMBRE 1999
1er assistant réal.: MATHIAS
HONORE
Direct.casting : MARIE CHRISTINE
LAFOSSE
Direct.Photo : ALAIN LEVENT
Avec
: Muriel Robin (Marie-Line)
; Fejria Deliba (Meriem)
; Valérie Stroh (Bergère)
; Yan Epstein (Léonard)
; Gilles Treton (Paul) ;
Mbembo (Lagos) ; Aïssa
Maiga (Malika) ; Selma Kouchy
(Marnia) ; Antonia Malinova
(Maïna) ; Veronica Novak
(Sara) ; Sydney Kabran (Fathi)
; Noémie Thomas (Lila)
; Fernand Guiot (Van Link)
; Cylia Malki (Laurence)
; Christian Sinniger (Auguste)
; Gaëtan Gallier (Le
boxeur) ; Séverine Denis
(La voisine) ; Eminé Oztoprak
(Larissa) ; Marie Rivière
(Louise) ; Emmanuelle Laborit
(l'Inspectrice) |
Interview
de Muriel pour
"Le quotidien du Cinéma"
Le
Quotidien du cinéma : Comment
peut-on définir le personnage
central de ce film?
M.
Robin : Marie-Line une mère-courage.
Elle est comme beaucoup de femmes,
à la fois complexe mais
bonne pourtant. Elle a énormément
d'humanité. Elle est solide
et on s'appuie sur elle tant dans
sa vie privée que professionnelle.
Elle se découvre progressivement,
au fur et à mesure que
se déroule le film. Elle
finit par dire non à certaines
choses et notamment à son
patron. Elle sait qu'alors elle
prend des risques, qu'elle peut
tout perdre. Elle ne sera plus
du tout la même à
la fin de l'histoire (silence
accompagné d'un sourire
presque gêné). Je
suis navrée d'être
aussi peu prolixe concernant Marie-Line,
car c'est une personne que j'ai
construite, non pas de façon
intellectuelle, mais plutôt
de manière instinctive.
Au fond, là où je
parle le mieux de Marie-Line,
c'est sur l'écran.
LQDC
: On a le sentiment qu'elle vous
habite encore. Qu'avez-vous pris
de vous-même pour construire
ce personnage?
M.
Robin : On puise toujours en soi
pour construire partiellement
un personnage. J'ai des points
communs avec elle, dans la dureté,
la non-méchanceté,
l'amour du travail bien fait,
une certaine exigence, dans la
volonté d'aller à
l'essentiel. Vient ensuite la
partie strictement instinctive
qui permet d'affiner le personnage
en fonction de ce qu'indique le
scénario et de ce que demande
le metteur en scène.
LQDC
: Vous avez l'habitude d'écrire
vous-même les histoires
des personnages que vous interprétez
dans vos spectacles, vous n'avez
pas été tentée
de réécrire certaines
scènes du film?
M.
Robin : Non. Pas du tout. J'ai
laissé les choses en l'état,
telles qu'elles avaient été
écrites dans le scénario
d'origine.
LQDC
: Comment s'est déroulée
la rencontre avec Medhi Charef?
M.
Robin : On s'est rencontré
pour une première lecture
de l'histoire, et j'ai dit oui,
tout de suite. On a quasiment
pas parlé de Marie-Line.
Je savais, dès le départ,
que je l'avais dans le ventre.
En fait, je n'étais pas
très inquiète tant
j'étais certaine de tenir
le rôle avec efficacité.
Par contre, pour Medhi, cela devait
être nettement plus angoissant
(rires).
LQDC
: Marie-Line est par conséquent
un personnage aux antipodes de
ce que vous avez pu joué
jusqu'à maintenant?
M.
Robin : Bien sur. Pendant plus
de dix ans, à travers tous
mes spectacles, je n'ai pas chercher
à brosser une galerie de
portraits, je suis assez lucide
pour l'admettre. De toutes les
façons, ce n'était
pas mon but. Il est donc vrai
qu'on n'a vu qu'une partie de
moi su scène. Medhi, lui,
souhaitait découvrir une
autre facette de moi-même
à travers le rôle
de Marie-Line.
LQDC
: Votre comportement évolue-t-il
quand vous êtes face à
une caméra par rapport
au fait d'affronter un vaste public
sur une scène?
M.
Robin : Oh que oui! Je n'irais
pas jusqu'à dire que j'ai
découvert une autre facette
de ma personnalité. Disons,
que la caméra est une loupe.
Donc, au cinéma, il faut
atténuer les effets d'interprétation
auxquels on doit parfois se livrer
sur scène, pour mettre
un vaste public dans sa poche.
On ne dompte pas une caméra
comme on conquiert une salle de
5 000 spectateurs!
LQDC
: Maintenant que le tournage est
terminé, est-il difficile
de quitter Marie-Line?
M.
Robin : Pas vraiment. Ce personnage
était déjà
présent au plus profond
de moi-même bien avant le
film. Il continuera à vivre
à mes côtés
par la suite. Peut être
pour faire "Marie-Line 2"...(rires)?
Au moins, avec ce film, je suis
certaine de ne pas m'être
plantée comme à
l'époque de la suite du
film "Les visiteurs"...
LQDC
: C'est à dire?
M.
Robin : Qu'à l'époque
du tournage des "Visiteurs
2", au moment de reprendre
le rôle de Béatrice
de Montmirail, je me suis trompée,
avec Jean-Marie Poiré quand
même! Je n'ai pas su trouver
le ton juste. Il était
difficile de s'en rendre compte
pendant le tournage. Après,
à la vision finale, c'était
évident. J'aurais du m'en
apercevoir avant. C'est une bonne
leçon... (pause)... Vous
savez, je ne considère
pas avoir un imaginaire délirant.
Alors, pour interpréter
Béatrice de Montmirail,
ce n'était pas évident.
Tandis qu'avec Marie-Line, c'était
bien plus facile tant elle était
ancrée au plus profond
de moi-même, attendant la
bonne occasion de remonter à
la surface. La moralité
de l'histoire, c'est qu'il faut
faire des films pour de bonnes
raisons. Avec "Marie-Line",
c'est le cas.
LQDC
: Des projets?
M.
Robin : En effet un film plutôt
léger et "champagne"
en compagnie de Michèle
Laroque. Une espèce de
"48 heures" au féminin.
Propos
recueillis par Sébastien
Denizart et Guillaume Branquart
Extrait
du Site http://www.lequotidienducinema.fr
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Extraits
Vidéos
Bande annonce "Marie
Line"
Déclarations de Muriel
Robin
Déclarations de Mehdi
Charef
Extraits de tournage
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Muriel
Robin crève l'écran
Des
grilles et des barreaux,
des oiseaux en cage et des
êtres humains qui
étouffent dans leur
peau, faute de pouvoir se
laisser guider par leurs
principes et leurs émotions.
Dans les films de Mehdi
Charef, chacun reste à
sa place, tout au moins
celle que la société
lui a désignée.
Exclusion, enfermement,
solitude.On aime se rappeler
la cité en béton
du Thé au harem d’Archimède,
la caravane de Miss Mona,
le grenier de Camomille,
la prison d’Au pays
des Juliets. On n’oubliera
pas de sitôt le supermarché
de Marie-Line, son nouveau
long métrage qui
nous parvient après
huit années de silence.
Un film qui lui ressemble,
pétri d’innocence,
de respect et d’humanité
à l’égard
des damnés de la
terre. Et d’espoir,
en une vie meilleure. La
Marie-Line en question est
une bonne femme à
qui la vie n’a pas
fait de cadeaux. Mal mariée
à un militant d’un
parti d’extrême-droite
auquel elle a du se rallier
pour décrocher son
emploi, elle règne
dans les allées d’un
supermarché sur une
équipe de nettoyage
composée majoritairement
d’immigrées.
Pour se faire respecter
et conserver sa place dans
l’entreprise, elle
n’a d’autre
choix que de diriger «
ses filles » d’une
main de fer, au risque de
se faire détester.
Il lui faut fermer les yeux
sur les magouilles de ses
patrons et certains droits
odieux qu’ils s’arrogent
sur le petit personnel.
Dans le monde clos et métaphorique
de ce supermarché,
se joue une drôle
de comédie de la
vie avec ses petits drames
et ses vraies tragédies
qui se prolongent bien au
delà des sorties
de secours.C’est l’histoire
de Marie-Line, Meriem, Bergère,
Malika, Marnia, Maïna
et Sara, rien que des femmes,
déchirées
entre ce qu’elles
sont réellement et
ce qu’elles sont censées
être, au regard de
ceux qui assurent leur survie.
Entre ces déracinées,
des liens finiront par se
nouer. Il suffit parfois
de peu de choses pour faire
craquer le vernis : une
énième humiliation,
une ultime et honteuse soumission,
quelque chose qui ressemble
à un trop plein.Des
femmes qui fuient. Marie-Line
raconte la prise de conscience
d’une femme ordinaire
qui, au contact des autres,
ose enfin se révéler
à sa vraie nature,
et consent à accepter
que sa vie ne ressemble
pas à celle qu’elle
s’était rêvée.
Un simple regard et tout
peut basculer. Mehdi Charef
met en scène des
femmes qui fuient. Leur
condition, leurs origines,
leur mère patrie.
Certaines quittent leur
pays dévasté
par la guerre civile ; d’autres,
comme Marie-Line s’échappent
de la réalité
en se réfugiant dans
un monde de paillettes pour
midinettes. Miss Mona se
voyait en Monroe, Marie-Line
s’évade en
Dassin.A sa manière,
généreuse
et révoltée,
le réalisateur milite
pour le courage et la solidarité
et ne craint pas, pour faire
passer le message, de surcharger
quelque peu ses personnages.
A vouloir trop en faire,
trop en dire, il tend même
parfois à les passer
à l’attendrisseur.
Cela dit, sa sincérité
ne fait aucun doute, de
même qu’on respectera
son souci de ne pas céder
à la démagogie
et de ne pas recourir à
des dialogues slogans par
le biais d’une mise
en scène fluide s’attachant
à immobiliser les
regards et à respecter
les silences ouverts sur
l’imaginaire.Mehdi
Charef aime ses actrices
et celles-ci le lui rendent
bien. Dans le rôle
titre et un radical contre-emploi,
une surprise et de taille,
en la personne de Muriel
Robin, attentive à
ne pas trop en faire, à
jouer son rôle de
l’intérieur,
à doser ses rires
autant que ses larmes. En
dépit de certaines
maladresses dont une scène
d’ivresse un peu appuyée,
elle parvient à insuffler
énormément
d’humanité
et de complexité
au personnage de Marie-Line.
Elle y croit et nous aussi.
Face à une telle
immersion, il est permis
de tirer son chapeau.Ph.
L.
Extrait
de http://www.lavoixdunord.fr |
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Le
sujet
Marie-Line
est à la tête d'une
unité de nettoyage qui
travaille de nuit dans un supermarché.
En
gros, cela signifie qu'elle passe
ses nuits, une blouse sur le dos
et des gants aux mains, à
nettoyer de fond en comble un
supermarché tout en dirigeant
un groupe de travailleuses dont
la moitié sont en situation
irrégulière…
Sans
mentionner le responsable local
qui n'hésite pas à
lui "demander" des "services
sexuels" en échange
de sa gentillesse. Une fille mère
et un mari devenu facho par mimétisme
achève de compléter
un tableau déjà
pas bien rose.
Les
seuls véritables moments
où Marie-Line respire,
ce sont ceux qu'elle consacre
à Joe, l'iimmortel Joe
Dassin qui illumine son quotidien
sordide et sa vie sans débouché.
Tout
porte à croire que Marie-Line
et ses employées n'ont
rien en commun. Elle est obsédée
par le travail bien fait et se
montre sévère avec
son petit groupe.
Toutefois,
une relation profonde s'instaure
entre elle et ces femmes. Derrière
la carapace de "petit chef",
Marie-Line se découvre à
travers ses employées.
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Muriel
a dit ...
«
J'ai adoré travailler en
équipe. C'est un réel
changement pour moi. C'est un
réel changement pour moi.
C'était un réel
plaisir, on joue des choses différentes.
Moi, j'ouvrais des tiroirs que
je n'avais jamais ouverts, ou
pas depuis le Conservatoire, il
y a vingt ans? Je trouve aussi
que j'ai fait des progrès
en dix ans et même depuis
l'année dernière.
Je voulais arriver à cette
sobriété-là
et à cette confiance. Ce
que la scène m'a apporté,
par la présence du public,
évidemment. Ca m'a aidé.
Et puis, j'aime bien la caméra.
Mais j'ai attendu pour faire du
cinéma. J'ai refusé
des rôles car je n'étais
pas prête à ce qu'on
me regarde d'aussi près.
Je n'était pas assez en
place et là, tout était
au rendez-vous, la qualité,
etc. J'avais envie de ça
! »
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"Moi,
je me "caste" depuis 10 ans ; c'est
pas facile de faire un casting et
de se choisir pendant 10 ans...
Surtout quand on est moi. C'est
très compliqué. D'être
choisi, j'ai découvert ça
là et je connaissais pas
ça.
C'est un truc formidable."
"Marie Line, c'est une héroïne
qui ne sera jamais applaudie, mais
c'est une héroïne...
Je la connais, Marie-Line ; j'en
ai une en moi, dans un coin... pas
aussi belle, pas aussi... mais ,
j'en ai une ... C'est un peu ma
mère, je crois ..."
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Les
critiques
Libération
- Gérard Lefort
(...) Muriel Robin, actrice-courage
exceptionnelle, Marie-Line tellement
évidente qu'on en oublierait
presque qu'elle joue un jeu.
L'Humanité
- Vincent Ostria
Sans en faire des tonnes,
sans éclats, Mehdi Charef
montre une nouvelle voie à
un cinéma social qui commençait
à s'enliser dans ses propres
clichés.
Africultures.com
- Soeuf Elbadawi
Le ton est juste, le propos
sans excès, l'émotion
dosée. C'est aussi un film
sur l'exploitation dans une société
qui se représente ses petites
gens comme du "bétail".
Aden
- Philippe Piazzo
(...) Mehdi Charef nous cloue
au fauteuil et nous force à
regarder ses personnages au-delà
des apparences. Un tour de force.
Studio
Magazine - Thierry Klifa
(...) oeuvre quotidienne,
émouvante et populaire,
qui traite sans manichéisme
de sujets aussi graves et profonds
que le racisme, la solitude dans
les cités, l'immigrationou
le chômage...
Le
Figaroscope - Brigitte Baudin
(...) Muriel Robin prouve
(...), avec brio, qu'elle peut
non seulement déchaîner
l'hilarité mais aussi émouvoir
et faire pleurer. C'était
à prévoir !
Les
Inrockuptibles - Serge Kaganski
Un dialogue trop édifiant
par ici, une situation ou un plan
trop insistant par là (...)
et on tombe dans le cinéma
d'intention (...). Mais il y a
par ailleurs de fort belles choses
ici, notamment l'amour avec lequel
Charef regarde ses personnages
féminins (...)
Les
Echos - Annie Coppermann
Un peu mélo, mais plutôt
juste.
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"Marie-Line, c'est une femme qui
a l'air d'être comme les
autres, qui se bat, qui se débat
dans sa vie, qui est forte, certainement
plus forte que les autres, peut-être
plus faible aussi et qui a une
personnalité un peu différente
et qui est une héroïne
au milieu des autres parce qu'elle
a ce petit truc en plus, et qui
gère sa vie avec ce que
ça peut avoir de pas spectaculaire
quand on le dit, mais moi, c'est
la chose qui me touche le plus
au monde."
"Entre les prises ? je fais un
... oui, un journal. C'est vrai
que j'ai besoin de mettre des
mots là dessus... Et comme
on se parle pas beaucoup avec
Mehdi, si c'est pas trop mal écrit,
je sais que je le donnerai à
une personne, et ce sera à
lui. Comme ça, il saura...
il saura ce que je ne saurais
jamais lui dire... il saura...
qu'il m'a fait un beau cadeau.
C'est un beau cadeau qu'il m'a
fait, oui..."

Mehdi
Charef a dit
«
J'avais un très beau point
d'appui qui était Marie-Line.
Je ne voulais parler ni du racisme,
ni des clandestins, mais je voulais
un personnage proche de tout ça.
Pour moi, c'est elle le point
de repère. C'est ce qui
m'intéressait. Savoir comment
elle allait réagir lorsqu'elle
rencontrait une fille, une Africaine,
une Russe, ou un problème
social. Aborder tous ces problèmes,
mais à travers le regard
de Marie-Line. Elle affronte une
trentaine de situations dans le
film ; elle engueule la fille
qui veut se pendre, celle qui
ne trouve pas de logement? On
se demande jusqu'où elle
va aller. Va-t-elle craquer ou
non ? Donc, plus l'histoire de
Marie-Line, d'une femme, que du
racisme, ou je ne sais quoi? »
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POINT
DE VUE - Par Cyril JOHANNEAU
à
toi, à la façon
que tu as d’être belle,
à la façon que tu
as d’être à
moi, à tes mots tendres
un peu artificiels quelquefois
à la vie, à l’amour
à nos nuits, à nos
jours à l’éternel
retour de la chance
Déclaration d’un
homme à une femme, d’un
metteur en scène à
son actrice, d’un auteur
à son héroïne,
signée Mehdi Charef. Interprétée
par Joe Dassin. Bien plus qu’une
illustration ou une chanson censée
pincer les cordes sensibles de
la nostalgie, A Toi, ainsi que
les autres morceaux de Joe Dassin
entendus tout au long de “
Marie-Line ”, fonctionne
comme élément constitutif
du film. C’est une sorte
d’étalon narratif
en même temps qu’une
base éthique et déontologique.Une
chanson de Dassin, c’est
d’abord une histoire, avec
un début, un milieu, une
fin. C’est ensuite une trajectoire
en forme de parcours initiatique
qui donne à ses “
personnages ”, issus de
la frange populaire et anonyme
de la société, un
caractère exemplaire. Et
c’est surtout une conscience
aiguë de la chanson populaire
au sens strict (qui s’adresse
au plus grand nombre) et noble
(fait avec honnêteté
et rigueur) : mots simples, situations
quotidiennes et mélodies
légères (travaillées
et arrangées avec soin).
La
difficulté en ce domaine
étant de tenir la distance
adéquate entre chanson
simple et simpliste, d’éviter
le pathos, de fuir la caricature
et de ne pas s’ériger
en juge ou en donneur de leçons.
Et c’est un travail de précision
et une discipline d’équilibriste
auxquels se soumettait Joe Dassin
: sur la corde raide, toujours
sur le point de basculer dans
le précipice de ces écueils.
Mais une chanson n’étant
pas qu’un texte, comme une
histoire n’en est pas que
son récit, la mélodie,
le phrasé et l’interprétation
sont souvent chez le chanteur
les lieux d’un décalage,
d’une distance voire d’une
relecture.L’univers ainsi
balisé se déploie
avec sincérité et
cohérence aussi bien dans
ses succès que dans ses
chansons moins connues (notamment
ses nombreuses adaptations et
reprises) qui puisent leur inspiration
du côté du blues
et de la folk, musiques du peuple
s’il en est. Charef n’a
pas simplement ajusté sa
méthode à celle
de Dassin. Il l’a intégrée,
au point de faire de ce dernier
un personnage à part entière.
Il est le compagnon (l’ami/l’amour
idéal) fidèle, présent
en toutes circonstances. L’épaule
sur laquelle Marie-Line peut se
reposer. Son ombre plane sur le
film, sur la vie de Marie-Line.Marie-Line
c’est un peu Marie-Jeanne,
la fin tragique en moins. Mais
ce n’est pas tout. Il y
a toutes ces chansons qu’on
n’entend pas, pourtant là.
L’équipe à
Jojo pourrait être l’hymne
de l’équipe à
Marie-Line (on partageait tout/et
on n’avait rien/qu’est-ce
qu’on était fous/qu’est-ce
qu’on s’en foutait/qu’est-ce
qu’on était bien),
relayé en fin de service,
en fin de nuit, par Dans la brume
du matin Vient ensuite “
les matins se suivent et se ressemblent/quand
l’amour fait place au quotidien
” (Salut les amoureux),
pour dépeindre le quotidien
familial de Marie-Line. Ainsi
de suite.
Tout
le film est émaillé
de clins d’œil plus
ou moins perceptibles : Les petits
pains au chocolat, pour la séquence
de l’arrestation des Africains
sans-papiers ; Les Dalton, pour
les procédés limites
de la police ( !) ; L’été
indien (“ je n’ai
jamais été aussi
heureux que ce matin-là/nous
marchions sur une plage/un peu
comme celle-ci ”) et Le
café des trois colombes
(“ on se voyait au café
des trois colombes/le rendez-vous
des amours sans abri ”),
pour l’escapade de Marie-Line
avec son équipe au bord
de la mer ; L’Amérique
(“ les amis, je dois m’en
aller/je n’ai plus qu’à
jeter mes clés/j’abandonne
sur le chemin/tant de choses que
j’aimais bien ”),
Ca va pas changer le monde (“
ça va pas changer le monde/que
tu changes de maison ”)
et encore L’été
indien (“ je regarde cette
vague qui n’atteindra jamais
la lune/tu vois, comme elle je
reviens en arrière ”),
pour son rêve de changement
de vie qui tourne au cauchemar.
Et Si tu t’appelles mélancolie
qui est la matière même
du film, qui s’y dilue et
l’enveloppe, et dont Marie-Line
semble l’émanation
: “ seule devant ta glace/tu
te vois triste sans savoir pourquoi/et
tu ferais n’importe quoi/pour
ne pas être à ta
place/si tu t’appelles mélancolie/si
l’amour n’est plus
qu’une habitude/ne me raconte
pas ta vie/je la connais ta solitude/si
tu t’appelles mélancolie/on
est fait pour l’oublier
ensemble/les chiens perdus les
incompris/on les connais on leur
ressemble/et demain peut-être/puisque
tout peut arriver n’importe
où/je serai au rendez-vous/et
je serai te reconnaître/si
tu t’appelles mélancolie...
” Et inversement, les titres
présents dans le film sont
l’émanation de Marie-Line
: la déception exprimée
par L’amour etc, les rêves
d’amour absolu (et de prince
charmant) sur L’été
indien (par ailleurs, séquence
hilarante où elle est en
conversation téléphonique
avec... Joe Dassin) et la tolérance,
la générosité
avec Mon village du bout du monde.
Bien
sûr, tout cela ne saurait
constituer un film. Sauf que Mehdi
Charef est un metteur en scène
en même temps qu’un
auteur sachant raconter des histoires
avec un héros, en l’occurrence
une héroïne, ordinaire.
Entre le premier plan, du visage
dur et fermé de Marie-Line
(Muriel Robin), et le dernier,
de son visage ému et noyé
de larmes, a eu lieu un recadrage,
une reprise en main de sa vie,
par le truchement d’une
libération. Par sa maîtrise
du découpage, Charef nous
signifie clairement et en quelques
scènes seulement, dès
l’ouverture du film qui
est Marie-Line dans toute sa complexité
: dure et sans concessions mais
bosseuse avec son équipe
de nettoyage ; craintive et soumise
avec sa hiérarchie ; directive
et distante avec son mari ; attentionnée
et maternelle avec sa fille et
son petit-fils. Petit à
petit, elle va se libérer
d’un mari facho, tenir tête
au directeur de l’hypermarché
où elle officie (et ses
pratiques ignominieuses : harcèlement
sexuel et moral), faire en sorte
que sa fille s’installe
(avec homme et enfant), et épouser
la cause des “ chiens perdus
et des incompris ”. Bref,
tenter de vivre pour elle. A la
fin, la libération est
totale. Elle sort du cocon que
constitue son costume de présidente
du fan club de Joe Dassin, et
en lieu et place de sa traditionnelle
imitation du chanteur elle propose
à l’assemblée
(dans son ensemble facho) de la
musique orientale (à peu
de choses près, puisqu’il
s’agit en fait d’un
morceau extrait de Mozart L’Oriental.
C’est dire le niveau de
rejet et le niveau culturel de
ces gens-là.).
Avec
pudeur, et grâce à
un regard juste et débarrassé
de moralisme bien pensant, Mehdi
Charef jongle avec les sujets
casse gueule (le travail clandestin,
les sans-papiers, le front national...).
Il n’est pas un auteur à
thèses. Son film renferme
bons nombres d’autres films
possibles, c’est pourquoi
plutôt que d’essayer
de tous les faire tenir en un,
il se contente de quelques touches
donnant un relief particulier
aux personnages secondaires. La
vachardise de Marie-Line se heurte
sans cesse à la tragédie
de chacune de ses équipières,
ce qui l’amène du
coup à se reconsidérer.
Et cela passe par sa relation
à Joe Dassin : quelqu’un
qui aime Joe Dassin ne peut-être
foncièrement mauvais. Sur
l’autel des caractères
aucune n’est sacrifiée,
elles ont toutes leur leur singularité
et leur complexité. De
même, un soin identique
est apporté aux détails
vestimentaires (voir les costumes
et les bijoux) des unes et des
autres. L’authenticité
semble être la règle.
Et Muriel Robin d’atteindre
un niveau de jeu qui n’est
pas sans évoquer une Giuletta
Masina.
Sans être parfait le film
n’en est pas moins poignant
et se veut sans nul doute un vrai
film populaire, sans plus de prétention
qu’une chanson populaire.
En ce sens c’est une réussite
totale
Sans être parfait le film
n’en est pas moins poignant
et se veut sans nul doute un vrai
film populaire, sans plus de prétention
qu’une chanson populaire.
En ce sens c’est une réussite
totale.
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