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un film de MEHDI CHAREF
Sortie le 20 décembre 2000

Production : LA CHAUVE-SOURIS
Prod. délégué : ERIC NEVE
Direct.Prod.: NORA SALHI
Début tournage : 4 OCTOBRE 1999
Fin tournage : 30 NOVEMBRE 1999
1er assistant réal.: MATHIAS HONORE
Direct.casting : MARIE CHRISTINE LAFOSSE
Direct.Photo : ALAIN LEVENT

Avec : Muriel Robin (Marie-Line) ; Fejria Deliba (Meriem) ; Valérie Stroh (Bergère) ; Yan Epstein (Léonard) ; Gilles Treton (Paul) ; Mbembo (Lagos) ; Aïssa Maiga (Malika) ; Selma Kouchy (Marnia) ; Antonia Malinova (Maïna) ; Veronica Novak (Sara) ; Sydney Kabran (Fathi) ; Noémie Thomas (Lila) ; Fernand Guiot (Van Link) ; Cylia Malki (Laurence) ; Christian Sinniger (Auguste) ; Gaëtan Gallier (Le boxeur) ; Séverine Denis (La voisine) ; Eminé Oztoprak (Larissa) ; Marie Rivière (Louise) ; Emmanuelle Laborit (l'Inspectrice)

Interview de Muriel pour
"Le quotidien du Cinéma"

Le Quotidien du cinéma : Comment peut-on définir le personnage central de ce film?

M. Robin : Marie-Line une mère-courage. Elle est comme beaucoup de femmes, à la fois complexe mais bonne pourtant. Elle a énormément d'humanité. Elle est solide et on s'appuie sur elle tant dans sa vie privée que professionnelle. Elle se découvre progressivement, au fur et à mesure que se déroule le film. Elle finit par dire non à certaines choses et notamment à son patron. Elle sait qu'alors elle prend des risques, qu'elle peut tout perdre. Elle ne sera plus du tout la même à la fin de l'histoire (silence accompagné d'un sourire presque gêné). Je suis navrée d'être aussi peu prolixe concernant Marie-Line, car c'est une personne que j'ai construite, non pas de façon intellectuelle, mais plutôt de manière instinctive. Au fond, là où je parle le mieux de Marie-Line, c'est sur l'écran.

LQDC : On a le sentiment qu'elle vous habite encore. Qu'avez-vous pris de vous-même pour construire ce personnage?

M. Robin : On puise toujours en soi pour construire partiellement un personnage. J'ai des points communs avec elle, dans la dureté, la non-méchanceté, l'amour du travail bien fait, une certaine exigence, dans la volonté d'aller à l'essentiel. Vient ensuite la partie strictement instinctive qui permet d'affiner le personnage en fonction de ce qu'indique le scénario et de ce que demande le metteur en scène.

LQDC : Vous avez l'habitude d'écrire vous-même les histoires des personnages que vous interprétez dans vos spectacles, vous n'avez pas été tentée de réécrire certaines scènes du film?

M. Robin : Non. Pas du tout. J'ai laissé les choses en l'état, telles qu'elles avaient été écrites dans le scénario d'origine.

LQDC : Comment s'est déroulée la rencontre avec Medhi Charef?

M. Robin : On s'est rencontré pour une première lecture de l'histoire, et j'ai dit oui, tout de suite. On a quasiment pas parlé de Marie-Line. Je savais, dès le départ, que je l'avais dans le ventre. En fait, je n'étais pas très inquiète tant j'étais certaine de tenir le rôle avec efficacité. Par contre, pour Medhi, cela devait être nettement plus angoissant (rires).

LQDC : Marie-Line est par conséquent un personnage aux antipodes de ce que vous avez pu joué jusqu'à maintenant?

M. Robin : Bien sur. Pendant plus de dix ans, à travers tous mes spectacles, je n'ai pas chercher à brosser une galerie de portraits, je suis assez lucide pour l'admettre. De toutes les façons, ce n'était pas mon but. Il est donc vrai qu'on n'a vu qu'une partie de moi su scène. Medhi, lui, souhaitait découvrir une autre facette de moi-même à travers le rôle de Marie-Line.

LQDC : Votre comportement évolue-t-il quand vous êtes face à une caméra par rapport au fait d'affronter un vaste public sur une scène?

M. Robin : Oh que oui! Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai découvert une autre facette de ma personnalité. Disons, que la caméra est une loupe. Donc, au cinéma, il faut atténuer les effets d'interprétation auxquels on doit parfois se livrer sur scène, pour mettre un vaste public dans sa poche. On ne dompte pas une caméra comme on conquiert une salle de 5 000 spectateurs!

LQDC : Maintenant que le tournage est terminé, est-il difficile de quitter Marie-Line?

M. Robin : Pas vraiment. Ce personnage était déjà présent au plus profond de moi-même bien avant le film. Il continuera à vivre à mes côtés par la suite. Peut être pour faire "Marie-Line 2"...(rires)? Au moins, avec ce film, je suis certaine de ne pas m'être plantée comme à l'époque de la suite du film "Les visiteurs"...

LQDC : C'est à dire?

M. Robin : Qu'à l'époque du tournage des "Visiteurs 2", au moment de reprendre le rôle de Béatrice de Montmirail, je me suis trompée, avec Jean-Marie Poiré quand même! Je n'ai pas su trouver le ton juste. Il était difficile de s'en rendre compte pendant le tournage. Après, à la vision finale, c'était évident. J'aurais du m'en apercevoir avant. C'est une bonne leçon... (pause)... Vous savez, je ne considère pas avoir un imaginaire délirant. Alors, pour interpréter Béatrice de Montmirail, ce n'était pas évident. Tandis qu'avec Marie-Line, c'était bien plus facile tant elle était ancrée au plus profond de moi-même, attendant la bonne occasion de remonter à la surface. La moralité de l'histoire, c'est qu'il faut faire des films pour de bonnes raisons. Avec "Marie-Line", c'est le cas.

LQDC : Des projets?

M. Robin : En effet un film plutôt léger et "champagne" en compagnie de Michèle Laroque. Une espèce de "48 heures" au féminin.

Propos recueillis par Sébastien Denizart et Guillaume Branquart

Extrait du Site http://www.lequotidienducinema.fr

 

Extraits Vidéos

Bande annonce "Marie Line"

Déclarations de Muriel Robin

Déclarations de Mehdi Charef

Extraits de tournage


 

Muriel Robin crève l'écran

Des grilles et des barreaux, des oiseaux en cage et des êtres humains qui étouffent dans leur peau, faute de pouvoir se laisser guider par leurs principes et leurs émotions. Dans les films de Mehdi Charef, chacun reste à sa place, tout au moins celle que la société lui a désignée. Exclusion, enfermement, solitude.On aime se rappeler la cité en béton du Thé au harem d’Archimède, la caravane de Miss Mona, le grenier de Camomille, la prison d’Au pays des Juliets. On n’oubliera pas de sitôt le supermarché de Marie-Line, son nouveau long métrage qui nous parvient après huit années de silence. Un film qui lui ressemble, pétri d’innocence, de respect et d’humanité à l’égard des damnés de la terre. Et d’espoir, en une vie meilleure. La Marie-Line en question est une bonne femme à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Mal mariée à un militant d’un parti d’extrême-droite auquel elle a du se rallier pour décrocher son emploi, elle règne dans les allées d’un supermarché sur une équipe de nettoyage composée majoritairement d’immigrées. Pour se faire respecter et conserver sa place dans l’entreprise, elle n’a d’autre choix que de diriger « ses filles » d’une main de fer, au risque de se faire détester. Il lui faut fermer les yeux sur les magouilles de ses patrons et certains droits odieux qu’ils s’arrogent sur le petit personnel. Dans le monde clos et métaphorique de ce supermarché, se joue une drôle de comédie de la vie avec ses petits drames et ses vraies tragédies qui se prolongent bien au delà des sorties de secours.C’est l’histoire de Marie-Line, Meriem, Bergère, Malika, Marnia, Maïna et Sara, rien que des femmes, déchirées entre ce qu’elles sont réellement et ce qu’elles sont censées être, au regard de ceux qui assurent leur survie. Entre ces déracinées, des liens finiront par se nouer. Il suffit parfois de peu de choses pour faire craquer le vernis : une énième humiliation, une ultime et honteuse soumission, quelque chose qui ressemble à un trop plein.Des femmes qui fuient. Marie-Line raconte la prise de conscience d’une femme ordinaire qui, au contact des autres, ose enfin se révéler à sa vraie nature, et consent à accepter que sa vie ne ressemble pas à celle qu’elle s’était rêvée. Un simple regard et tout peut basculer. Mehdi Charef met en scène des femmes qui fuient. Leur condition, leurs origines, leur mère patrie. Certaines quittent leur pays dévasté par la guerre civile ; d’autres, comme Marie-Line s’échappent de la réalité en se réfugiant dans un monde de paillettes pour midinettes. Miss Mona se voyait en Monroe, Marie-Line s’évade en Dassin.A sa manière, généreuse et révoltée, le réalisateur milite pour le courage et la solidarité et ne craint pas, pour faire passer le message, de surcharger quelque peu ses personnages. A vouloir trop en faire, trop en dire, il tend même parfois à les passer à l’attendrisseur. Cela dit, sa sincérité ne fait aucun doute, de même qu’on respectera son souci de ne pas céder à la démagogie et de ne pas recourir à des dialogues slogans par le biais d’une mise en scène fluide s’attachant à immobiliser les regards et à respecter les silences ouverts sur l’imaginaire.Mehdi Charef aime ses actrices et celles-ci le lui rendent bien. Dans le rôle titre et un radical contre-emploi, une surprise et de taille, en la personne de Muriel Robin, attentive à ne pas trop en faire, à jouer son rôle de l’intérieur, à doser ses rires autant que ses larmes. En dépit de certaines maladresses dont une scène d’ivresse un peu appuyée, elle parvient à insuffler énormément d’humanité et de complexité au personnage de Marie-Line. Elle y croit et nous aussi. Face à une telle immersion, il est permis de tirer son chapeau.Ph. L.

Extrait de http://www.lavoixdunord.fr

Le sujet

Marie-Line est à la tête d'une unité de nettoyage qui travaille de nuit dans un supermarché.

En gros, cela signifie qu'elle passe ses nuits, une blouse sur le dos et des gants aux mains, à nettoyer de fond en comble un supermarché tout en dirigeant un groupe de travailleuses dont la moitié sont en situation irrégulière…

Sans mentionner le responsable local qui n'hésite pas à lui "demander" des "services sexuels" en échange de sa gentillesse. Une fille mère et un mari devenu facho par mimétisme achève de compléter un tableau déjà pas bien rose.

Les seuls véritables moments où Marie-Line respire, ce sont ceux qu'elle consacre à Joe, l'iimmortel Joe Dassin qui illumine son quotidien sordide et sa vie sans débouché.

Tout porte à croire que Marie-Line et ses employées n'ont rien en commun. Elle est obsédée par le travail bien fait et se montre sévère avec son petit groupe.

Toutefois, une relation profonde s'instaure entre elle et ces femmes. Derrière la carapace de "petit chef", Marie-Line se découvre à travers ses employées.

Muriel a dit ...

« J'ai adoré travailler en équipe. C'est un réel changement pour moi. C'est un réel changement pour moi. C'était un réel plaisir, on joue des choses différentes. Moi, j'ouvrais des tiroirs que je n'avais jamais ouverts, ou pas depuis le Conservatoire, il y a vingt ans? Je trouve aussi que j'ai fait des progrès en dix ans et même depuis l'année dernière. Je voulais arriver à cette sobriété-là et à cette confiance. Ce que la scène m'a apporté, par la présence du public, évidemment. Ca m'a aidé. Et puis, j'aime bien la caméra. Mais j'ai attendu pour faire du cinéma. J'ai refusé des rôles car je n'étais pas prête à ce qu'on me regarde d'aussi près. Je n'était pas assez en place et là, tout était au rendez-vous, la qualité, etc. J'avais envie de ça ! »

 "Moi, je me "caste" depuis 10 ans ; c'est pas facile de faire un casting et de se choisir pendant 10 ans... Surtout quand on est moi. C'est très compliqué. D'être choisi, j'ai découvert ça là et je connaissais pas ça.
C'est un truc formidable."

"Marie Line, c'est une héroïne qui ne sera jamais applaudie, mais c'est une héroïne... Je la connais, Marie-Line ; j'en ai une en moi, dans un coin... pas aussi belle, pas aussi... mais , j'en ai une ... C'est un peu ma mère, je crois ..."

 

Les critiques

Libération - Gérard Lefort
(...) Muriel Robin, actrice-courage exceptionnelle, Marie-Line tellement évidente qu'on en oublierait presque qu'elle joue un jeu.

L'Humanité - Vincent Ostria
Sans en faire des tonnes, sans éclats, Mehdi Charef montre une nouvelle voie à un cinéma social qui commençait à s'enliser dans ses propres clichés.

Africultures.com - Soeuf Elbadawi
Le ton est juste, le propos sans excès, l'émotion dosée. C'est aussi un film sur l'exploitation dans une société qui se représente ses petites gens comme du "bétail".

Aden - Philippe Piazzo
(...) Mehdi Charef nous cloue au fauteuil et nous force à regarder ses personnages au-delà des apparences. Un tour de force.

Studio Magazine - Thierry Klifa
(...) oeuvre quotidienne, émouvante et populaire, qui traite sans manichéisme de sujets aussi graves et profonds que le racisme, la solitude dans les cités, l'immigrationou le chômage...

Le Figaroscope - Brigitte Baudin
(...) Muriel Robin prouve (...), avec brio, qu'elle peut non seulement déchaîner l'hilarité mais aussi émouvoir et faire pleurer. C'était à prévoir !

Les Inrockuptibles - Serge Kaganski
Un dialogue trop édifiant par ici, une situation ou un plan trop insistant par là (...) et on tombe dans le cinéma d'intention (...). Mais il y a par ailleurs de fort belles choses ici, notamment l'amour avec lequel Charef regarde ses personnages féminins (...)

Les Echos - Annie Coppermann
Un peu mélo, mais plutôt juste.


"Marie-Line, c'est une femme qui a l'air d'être comme les autres, qui se bat, qui se débat dans sa vie, qui est forte, certainement plus forte que les autres, peut-être plus faible aussi et qui a une personnalité un peu différente et qui est une héroïne au milieu des autres parce qu'elle a ce petit truc en plus, et qui gère sa vie avec ce que ça peut avoir de pas spectaculaire quand on le dit, mais moi, c'est la chose qui me touche le plus au monde."

    "Entre les prises ? je fais un ... oui, un journal. C'est vrai que j'ai besoin de mettre des mots là dessus... Et comme on se parle pas beaucoup avec Mehdi, si c'est pas trop mal écrit, je sais que je le donnerai à une personne, et ce sera à lui. Comme ça, il saura... il saura ce que je ne saurais jamais lui dire... il saura... qu'il m'a fait un beau cadeau. C'est un beau cadeau qu'il m'a fait, oui..."

Mehdi Charef a dit

« J'avais un très beau point d'appui qui était Marie-Line. Je ne voulais parler ni du racisme, ni des clandestins, mais je voulais un personnage proche de tout ça. Pour moi, c'est elle le point de repère. C'est ce qui m'intéressait. Savoir comment elle allait réagir lorsqu'elle rencontrait une fille, une Africaine, une Russe, ou un problème social. Aborder tous ces problèmes, mais à travers le regard de Marie-Line. Elle affronte une trentaine de situations dans le film ; elle engueule la fille qui veut se pendre, celle qui ne trouve pas de logement? On se demande jusqu'où elle va aller. Va-t-elle craquer ou non ? Donc, plus l'histoire de Marie-Line, d'une femme, que du racisme, ou je ne sais quoi? »

POINT DE VUE - Par Cyril JOHANNEAU

à toi, à la façon que tu as d’être belle, à la façon que tu as d’être à moi, à tes mots tendres un peu artificiels quelquefois
à la vie, à l’amour à nos nuits, à nos jours à l’éternel retour de la chance
Déclaration d’un homme à une femme, d’un metteur en scène à son actrice, d’un auteur à son héroïne, signée Mehdi Charef. Interprétée par Joe Dassin. Bien plus qu’une illustration ou une chanson censée pincer les cordes sensibles de la nostalgie, A Toi, ainsi que les autres morceaux de Joe Dassin entendus tout au long de “ Marie-Line ”, fonctionne comme élément constitutif du film. C’est une sorte d’étalon narratif en même temps qu’une base éthique et déontologique.Une chanson de Dassin, c’est d’abord une histoire, avec un début, un milieu, une fin. C’est ensuite une trajectoire en forme de parcours initiatique qui donne à ses “ personnages ”, issus de la frange populaire et anonyme de la société, un caractère exemplaire. Et c’est surtout une conscience aiguë de la chanson populaire au sens strict (qui s’adresse au plus grand nombre) et noble (fait avec honnêteté et rigueur) : mots simples, situations quotidiennes et mélodies légères (travaillées et arrangées avec soin).

La difficulté en ce domaine étant de tenir la distance adéquate entre chanson simple et simpliste, d’éviter le pathos, de fuir la caricature et de ne pas s’ériger en juge ou en donneur de leçons. Et c’est un travail de précision et une discipline d’équilibriste auxquels se soumettait Joe Dassin : sur la corde raide, toujours sur le point de basculer dans le précipice de ces écueils. Mais une chanson n’étant pas qu’un texte, comme une histoire n’en est pas que son récit, la mélodie, le phrasé et l’interprétation sont souvent chez le chanteur les lieux d’un décalage, d’une distance voire d’une relecture.L’univers ainsi balisé se déploie avec sincérité et cohérence aussi bien dans ses succès que dans ses chansons moins connues (notamment ses nombreuses adaptations et reprises) qui puisent leur inspiration du côté du blues et de la folk, musiques du peuple s’il en est. Charef n’a pas simplement ajusté sa méthode à celle de Dassin. Il l’a intégrée, au point de faire de ce dernier un personnage à part entière. Il est le compagnon (l’ami/l’amour idéal) fidèle, présent en toutes circonstances. L’épaule sur laquelle Marie-Line peut se reposer. Son ombre plane sur le film, sur la vie de Marie-Line.Marie-Line c’est un peu Marie-Jeanne, la fin tragique en moins. Mais ce n’est pas tout. Il y a toutes ces chansons qu’on n’entend pas, pourtant là. L’équipe à Jojo pourrait être l’hymne de l’équipe à Marie-Line (on partageait tout/et on n’avait rien/qu’est-ce qu’on était fous/qu’est-ce qu’on s’en foutait/qu’est-ce qu’on était bien), relayé en fin de service, en fin de nuit, par Dans la brume du matin Vient ensuite “ les matins se suivent et se ressemblent/quand l’amour fait place au quotidien ” (Salut les amoureux), pour dépeindre le quotidien familial de Marie-Line. Ainsi de suite.

Tout le film est émaillé de clins d’œil plus ou moins perceptibles : Les petits pains au chocolat, pour la séquence de l’arrestation des Africains sans-papiers ; Les Dalton, pour les procédés limites de la police ( !) ; L’été indien (“ je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là/nous marchions sur une plage/un peu comme celle-ci ”) et Le café des trois colombes (“ on se voyait au café des trois colombes/le rendez-vous des amours sans abri ”), pour l’escapade de Marie-Line avec son équipe au bord de la mer ; L’Amérique (“ les amis, je dois m’en aller/je n’ai plus qu’à jeter mes clés/j’abandonne sur le chemin/tant de choses que j’aimais bien ”), Ca va pas changer le monde (“ ça va pas changer le monde/que tu changes de maison ”) et encore L’été indien (“ je regarde cette vague qui n’atteindra jamais la lune/tu vois, comme elle je reviens en arrière ”), pour son rêve de changement de vie qui tourne au cauchemar.
Et Si tu t’appelles mélancolie qui est la matière même du film, qui s’y dilue et l’enveloppe, et dont Marie-Line semble l’émanation : “ seule devant ta glace/tu te vois triste sans savoir pourquoi/et tu ferais n’importe quoi/pour ne pas être à ta place/si tu t’appelles mélancolie/si l’amour n’est plus qu’une habitude/ne me raconte pas ta vie/je la connais ta solitude/si tu t’appelles mélancolie/on est fait pour l’oublier ensemble/les chiens perdus les incompris/on les connais on leur ressemble/et demain peut-être/puisque tout peut arriver n’importe où/je serai au rendez-vous/et je serai te reconnaître/si tu t’appelles mélancolie... ” Et inversement, les titres présents dans le film sont l’émanation de Marie-Line : la déception exprimée par L’amour etc, les rêves d’amour absolu (et de prince charmant) sur L’été indien (par ailleurs, séquence hilarante où elle est en conversation téléphonique avec... Joe Dassin) et la tolérance, la générosité avec Mon village du bout du monde.

Bien sûr, tout cela ne saurait constituer un film. Sauf que Mehdi Charef est un metteur en scène en même temps qu’un auteur sachant raconter des histoires avec un héros, en l’occurrence une héroïne, ordinaire. Entre le premier plan, du visage dur et fermé de Marie-Line (Muriel Robin), et le dernier, de son visage ému et noyé de larmes, a eu lieu un recadrage, une reprise en main de sa vie, par le truchement d’une libération. Par sa maîtrise du découpage, Charef nous signifie clairement et en quelques scènes seulement, dès l’ouverture du film qui est Marie-Line dans toute sa complexité : dure et sans concessions mais bosseuse avec son équipe de nettoyage ; craintive et soumise avec sa hiérarchie ; directive et distante avec son mari ; attentionnée et maternelle avec sa fille et son petit-fils. Petit à petit, elle va se libérer d’un mari facho, tenir tête au directeur de l’hypermarché où elle officie (et ses pratiques ignominieuses : harcèlement sexuel et moral), faire en sorte que sa fille s’installe (avec homme et enfant), et épouser la cause des “ chiens perdus et des incompris ”. Bref, tenter de vivre pour elle. A la fin, la libération est totale. Elle sort du cocon que constitue son costume de présidente du fan club de Joe Dassin, et en lieu et place de sa traditionnelle imitation du chanteur elle propose à l’assemblée (dans son ensemble facho) de la musique orientale (à peu de choses près, puisqu’il s’agit en fait d’un morceau extrait de Mozart L’Oriental. C’est dire le niveau de rejet et le niveau culturel de ces gens-là.).

Avec pudeur, et grâce à un regard juste et débarrassé de moralisme bien pensant, Mehdi Charef jongle avec les sujets casse gueule (le travail clandestin, les sans-papiers, le front national...). Il n’est pas un auteur à thèses. Son film renferme bons nombres d’autres films possibles, c’est pourquoi plutôt que d’essayer de tous les faire tenir en un, il se contente de quelques touches donnant un relief particulier aux personnages secondaires. La vachardise de Marie-Line se heurte sans cesse à la tragédie de chacune de ses équipières, ce qui l’amène du coup à se reconsidérer. Et cela passe par sa relation à Joe Dassin : quelqu’un qui aime Joe Dassin ne peut-être foncièrement mauvais. Sur l’autel des caractères aucune n’est sacrifiée, elles ont toutes leur leur singularité et leur complexité. De même, un soin identique est apporté aux détails vestimentaires (voir les costumes et les bijoux) des unes et des autres. L’authenticité semble être la règle. Et Muriel Robin d’atteindre un niveau de jeu qui n’est pas sans évoquer une Giuletta Masina.
Sans être parfait le film n’en est pas moins poignant et se veut sans nul doute un vrai film populaire, sans plus de prétention qu’une chanson populaire. En ce sens c’est une réussite totale

Sans être parfait le film n’en est pas moins poignant et se veut sans nul doute un vrai film populaire, sans plus de prétention qu’une chanson populaire. En ce sens c’est une réussite totale.

 

Dossier réalisé notamment à partir des sources suivantes :

www.allocine.fr
www.cinemovies.fr
www.lequotidienducinema.com
www.objectif-cinema.fr
www.lavoixdunord.fr

Le dvd de "Marie-Line" est disponible aux éditions CANAL + STUDIO, Collection "Auteurs"