JavaScript Menu, DHTML Menu Powered By Milonic

 

 

Muriel Robin ne veut plus s'empoisonner la vie

Paris Match n°2977 - 7 juin 2006

Jérôme BEGLE

Muriel Robin va bien, Elle a (presque) achevé son travail sur elle-même. Après la mort de sa mère, elle a renoué avec ses amis de Saint-Etienne, et se rend de temps à autre dans cette ville où habite encore sa sœur. Elle se partage désormais entre la Corse, où elle vient d'acheter une maison et Paris. Blonde peroxydée, elle a maigri, presque rajeuni. Aujourd'hui, elle ne veut faire que ce qui lui plaît et se fiche du qu'en-dira-t-on. La Robin sort de deux mois de tournage de « Marie Besnard », une fiction de deux épisodes que T.f.1 diffusera à la rentrée. Une perruque châtain, une paire de lunettes, quelques touches de maquillage et la voici métamorphosée en cette maîtresse femme qui, dans les années 50, a été accusée de l'empoisonnement de 11 personnes dont elle aurait ensuite capté l'héritage. Coupable ou innocente? La justice l'a blanchie, mais les historiens se disputent encore. A 50 ans, Muriel Robin montre une fois encore qu'elle peut surprendre.

Alors le voilà, votre grand rôle dramatique...
Il y a eu Marie-Line quand même... C'est un grand rôle en tout cas. Je pense que le personnage est encore plus riche que la Veuve Couderc. Je porte tout le film sur mes épaules, mais j'aime ça.

Marie Besnard est une femme forte, un personnage pour vous.
Elle a des ovaires qui valent certaines couilles et elle est moderne. J'y ai mis de ma mère, en lui donnant une personnalité qu'elle n'avait peut-être pas mais qui me plaît. Dans mon immeuble habite un monsieur de plus de 80 ans qui l'a très bien connue et qui m'a dit que Marie Besnard était une pleureuse. Ce n'est pas comme ça que je l'ai jouée mais, finalement, ça n'a pas d'importance.

Que saviez-vous d'elle avant de jouer son rôle ?
Pas grand-chose. Je me suis appliquée à ne rien lire sur elle. Ce n'est que maintenant que je me plonge dans sa vie. Qu'elle soit coupable ou innocente, cela ne devait pas influencer ma façon d'interpréter le rôle. Coupable, cela ne se joue pas. Elle est sincère, et ce sera aux spectateurs de juger.

Au fond de vous, que pensez-vous ? Coupable ou innocente?
J'aime les deux. J'aime l'idée qu'elle ne l'ait pas fait. A ce moment-là, on parle alors de la rumeur et de la meute, des choses qui existent. Une jalousie, une différence, 2 centimètres de plus que les autres femmes, un peu plus d'argent, un visage un peu plus dur par rapport aux autres, et la voilà accusée. Je sais que cela peut exister. Je l'aime aussi coupable car elle n'a pas tué d'enfants, et, si elle a empoisonné 11 personnes avant d'être acquittée, elle est très forte.

Pourquoi y avez-vous mis un peu de votre mère?
Vous savez, ma mère, je la mets un peu partout... Elle m'a raconté les méchancetés et les jalousies que seule la province peut engendrer. Avant d'habiter Saint-Etienne, mes parents vivaient dans un petit bled. Ils ont aussi été en butte à des rancunes et à des règlements de comptes qui ont même conduit mon père en prison pour une courte période.

Aviez-vous des réticences contre la fiction télé?
Le cinéma m'a fait rêver. J'ai quitté Saint-Etienne pour en faire. Je voulais être entre Annie Girardot, Simone Signoret et Romy Schneider. J'ai fait le deuil de ce rêve. Ce fut un long travail. Il m'a fallu vingt ans pour admettre que je n'avais pas joué pour Sautet et que, désormais, il faudrait tourner la page. Une fois que je l'ai admis, j'ai compris que je pourrais apporter quelque chose au petit écran et qu'on m'y accueillerait bien.

Au cinéma, qu'est-ce qui a joué contre vous?
Beaucoup me voient encore sur scène en train de jouer mes sketchs en tailleur noir. J'ai l'impression que le milieu du cinéma vit en autarcie et qu'il oublie l'essentiel : le public, On fait des produits qui s'appuient sur des acteurs. Ceux-ci tournent trop, dans des films qui manquent d'histoires. Aujourd'hui, on tourne des films pour faire des rencontres. Moi, quand j'ai envie de rencontrer un metteur en scène, je déjeune avec lui. Mieux vaut cela que d'engager des millions d'euros dans des projets où compte principalement l'envie personnelle et souvent égoïste.

Qu'avez-vous aimé dans cette expérience télé ?
C'est très bien écrit. Il n'y a pas de scène molle, on a tout le temps quelque chose à jouer. On avance, on avance, on avance. J'ai découvert qu'on pouvait tourner vite sans bâcler. Rester des heures entières dans une caravane, cela ne me convient pas. Je me dis encore que je suis payée tant par jour et j'ai besoin de travailler pour ne pas culpabiliser. Christian Faure, le réalisateur, savait exactement ce qu'il voulait. Moi, je connaissais par cœur le scénario des deux épisodes et je pouvais les jouer de toutes les façons possibles. Tout était prêt, chacun était à sa place, A la télé, il y a moins de cinéma qu'au cinéma.

Etes-vous une comédienne obéissante?
Ah ! oui. Je n'ai pas d'avis. Je suis au service du metteur en scène. C'est son film. Si je ne suis pas d'accord, je le lui dis, mais e lui obéis. Au cinéma, le "je" ne m'intéresse pas. Seul compte le jeu.

Pensez-vous qu'après ce rôle dramatique le sinéma va enfin revenir vers vous et vous proposer des scénarios plus intéressants?
Je veux faire peu de choses. La vie compte. Je m'ennuie très vite et je veux avant tout me surprendre. Une femme à la :ampagne, accusée de meurtre, c'est fait Je ne serai pas Simone Weber, par exemple. En revanche, je suis prête à jouer dans une comédie romantique. Je veux bien faire "Pretty Woman", par exemple. Etre belle, ça se joue et je sais le faire. Ou une vieille méchante. Tant mieux si c'est de la télé : ce sera vu. J'ai un truc avec le public et j'ai envie de le garder.

Vous avez toujours été rare. Est-ce la peur de lasser?
Je fais un spectacle tous les cinq ans. Le dernier a moins de deux ans. Finalement, je n'en aurai écrit que trois. J'ai fait des dépressions : cela m'a occupée. J'ai aussi choisi de ne rien faire pour pouvoir régler beaucoup de choses en moi. Il faut du courage pour refuser un rôle» et voir d'autres personnes le reprendre. Je ne regrette rien. Aujourd'hui, quand je m'engage, j'ai envie de jouer ma peau, sinon ça n'a pas de sens.

Pour vous renouveler, vous pourriez chanter ou écrire un livre...
Il y a un an, à l'île Maurice, il m'est tombé des textes de chansons sur la figure. .. Je n'en avais jamais écrit de ma vie. J'en ai rédigé douze en quelques jours. Le treizième m'est venu en atterrissant à Paris. J'ai téléphoné à Johnny, je le lui ai faxé et il l'a mis dans son album. Donc ma première chanson a été interprétée par Johnny Hallyday. Pas mal ! Un ami m'a écrit les musiques. J'ai même enregistré des maquettes. Tout le monde m'en a fait des compliments. Et finalement, je ne vais pas faire ce disque... S'il fallait juste rentrer en studio, pourquoi pas... Mais l'idée de faire la promo, d'être obligée de passer à la télé, non merci.

Avez-vous encore envie de monter sur scène ?
De cette manière-là, non, c'est derrière. Je n'ai plus rien à prouver à personne. La fille pleine d'énergie qui se produit devant 4000 personnes, c'est fait. Jouer "Lady Macbeth" pendant deux mois, ça m'intéresserait. Pour voir ce que j'en ferais... Aujourd'hui, j'ai ce luxe de ne rien devoir faire pour l'argent Je veux du plaisir total.

On a l'impression que vous n'avez pas pleinement profité de votre succès.
Physiquement, il y a quelque chose qui ne s'est pas mis en place. A partir de 35 ans, les kilos ont débarqué. Le succès m'a fait me perdre. Je renvoyais une image qui n'était pas en accord avec ce que j'étais. Sans doute n'étais-je pas tout à fait em-ployable. Puisque mon agenda n'était pas rempli, j'ai eu le temps de réfléchir. J'ai fait le ménage.

Etes-vous consciente que votre mauvais caractère et votre physique vous ont joué de sales tours?
J'étais tellement mal, il y a quelques années, que ma défense pouvait passer pour de l'attaque. Le même comporte ment avec un autre physique serait mieux passé. Mais avec mes épaules, mes mâchoires,mes kilos et tout le reste... avec ce physique-là, c'était très facile de dire que j'avais une grande gueule et que je m'énervais facilement...

Avez-vous des amis dans le métier?
Annie Grégorio. Elle est ma sœur, mon amie de vingt-cinq ans. Avec Pierre Palmade, nous lui écrivons une comédie pour la télé. Le jour où je l'ai vue, je me suis dit que nous étions un couple de comédie.
Il y a Pierre Palmade, bien sûr, mon petit frère. Line Renaud qui est ma seconde maman. J'aime son parcours, son courage d'arrêter les plumes alors qu'elle était au top. Il y a également Guy Bedos, Catherine Lara, Maryse et Philippe Gildas.

Si vous deviez choisir entre un Molière, un César, une Victoire de la musique ou un 7 d'or, que prendriez-vous?
Celui que les autres ne voudront pas parce que je suis polie, et qu'il m'ira. Je sais que c'est important pour d'autres alors que moi, je suis passée à autre chose. Il faut du temps pour être exact avec tout ça. J'en ai rêvé, je crois que j'ai fait ce métier pour ça. A Saint-Etienne, avant même de faire le Conservatoire, quand j'imaginais le grand jour où je recevrais mes récompenses, je me faisais pleurer en disant : "Merci, vous êtes ma famille." Puis j'ai été nommée sept fois aux Molières ! Au bout d'un certain temps, j'ai compris que si j'avais fait un spectacle au Lucernaire, j'aurais peut-être eu plus de chance de l'emporter.. .Ensuite, on a supprimé la catégorie one-man-show, sans doute parce qu'elle attirait trop de spectateurs ! Au moins, c'était plus simple. Plus tard, ils ont eu le culot de m'appeler pour présenter la soirée ! Je ne les intéresse pas comme comédienne, mais, pour animer le show, je deviens beaucoup plus désirable. J'ai été polie, mais j'avais un bras d'honneur dans la tête. C'est ça, la vulgarité. Cela dit, j'ai été très heureuse d'être nommée aux César pour mon rôle dans "Marie-Line". Même si je m'en doutais. La fille drôle jouant un rôle dramatique dans un film qui ne fait pas trop d'entrées, c'est exactement ce qu'ils recherchent. J'ai admis l'idée de ne plus les aimer autant que je les avais aimés. Des gens qu'on n'aime pas tant que cela, ce n'est pas grave si eux non plus ne vous aiment pas. •