| Muriel
Robin : En quête de la vraie lumière
Paris
Match n°2981 - 6 juillet 2006
Entretien
avec Catherine TABOUIS
Photos Jean Michel TURPIN
Pour
une émission de télé, elle s'est plongée
dans la vie des femmes himbas, un peuple menacé de la Namibie.
Loin des sunlights, elle poursuit son chemin vers une nouvelle vie.
Pendant
plus de dix ans, elle a exploré ses zones d'ombre. Aujourd'hui,
elle est prête pour les grands horizons. En août, Muriel
sera le candide d'un nouveau magazine documentaire sur France 2,
"Rendez vous en terre inconnue", qui confronte une personnalité
avec des populations au genre de vie ancestral. Pour ce premier
numéro, Frédéric Lopez l'a emmenée en
Namibie découvrir les éleveurs himbas. Muriel a déjà
essayé bien des rôles, elle a souvent fait rire, et
a parfois fait pleurer ou trembler, elle a même mené
des revues... mais jamais aventure ne l'avait menée si loin,
face à des vérités simples. Elle aurait pu
s'arrêter au pittoresque. Aux huttes, aux coiffes, aux peintures
qui fascinent les amateurs d'exotisme. Elle a préféré
chercher, derrière les apparences, des vérités
plus universelles. La richesse des relations humaines qui se passent
de mots, la force de l'instinct. Dans un décor de création
du monde, Muriel a d'abord rencontré des hommes au coeur
simple, qui lui ont enseigné leur savoir le plus précieux
: l'amour et le respect de la vie.
Face
au plus vieux désert du monde, Muriel éprouve le besoin
de se mettre au diapason de la sérénité ambiante.
Mais sa camarade himba continue à faire les courses : où
qu'ils aillent, ces nomades, habitués à gérer
la pénurie, cherchent les herbes, les lichens qui leur serviront
à faire la cuisine, à soigner, ou à se parer.
Ils possèdent tout un savoir, mais pour combien de temps
encore? Parce que, chaque jour, la pression démographique
exercée par les quelque 2 millions de Namibiens menace leur
peuple qui ne compte guère plus de 17 000 membres. Aujourd'hui,
des Himbas vendent leurs bêtes pour entrer dans la vie moderne.
Mais un Himba sans troupeau n'est plus rien. Il ne peut plus se
nourrir du lait caillé qui est la base de son alimentation,
ni construire sa hutte, d'un mélange de terre et de bouse
de vache, ni s'enduire le corps, pour l'hydrater, de graisse animale,
ni réaliser des coiffures compliquées, des bijoux,
qui sont autant d'informations pour vivre dans sa communauté.
Le désert du Namib ne protège plus l'éternité.
La
Namibie est riche de ses diamants et de son uranium ... Mais pour
les Himbas, ce que la terre offre de plus précieux est cette
poussière rouge qui fait de leur peau la continuation du
paysage. Pendant dix-sept jours, Muriel va vivre à leur rythme.
Alors, quand elle voit les femmes extraire l'ocre, elle hésite
à peine. Elle fait comme elles, se déshabille et se
recouvre de poussière. Parties avec Muriel pour aller voir
la mer, les Himbas ont demandé à s'arrêter en
chemin, pour recueillir, dans la montagne sacrée, la poudre
qui traduit leur particularité. Les Himbas ne se lavent pas.
Ils mélangent l'ocre et la graisse pour fabriquer une sorte
d'onguent qui les protège du soleil, de la déshydratation
et des insectes. «Les femmes ont été très
émues que Muriel réagisse de cette façon, et
ne les snobe pas, explique Frédéric Lopez. Car leurs
compatriotes les traitent d'animaux parce qu'ils vivent nus et couverts
de terre.» Aujourd'hui, les hommes ont renoncé : ils
adoptent le T-shirt et les chaussures. Seules les femmes demeurent
fidèles à leur rôle de gardienne des traditions.
Paris
Match. Ces images de votre séjour en Afrique font rêver...
Une vraie sensation de liberté.
Muriel
Robin. Ce voyage en Namibie est un moment de ma vie que
je n'oublierai jamais. Je suis allée à la rencontre
des Himbas, un peuple en voie de disparition. A travers l'émission,
je vais pouvoir faire découvrir cette ethnie à des
amoureux de la nature. Ma chance est d'avoir vécu avec eux.
On s'est parlé, on s'est touchés et on a ri. La différence,
c'est toujours enrichissant. Et... rassurant. Princesse d'un jour,
c'est bien, mais princesse de dix-sept jours en Namibie, c'est encore
mieux... Quelqu'un qui vous prend en charge, se laisser faire...
c'est le comble du luxe, surtout quand c'est avec Frédéric
Lopez, qui m'intéresse professionnellement et humainement.
Je suis comme le 4x4. Je passe partout mais je ne me force pas.
J'ai une grande faculté d'adaptation : on me demande de dormir
par terre, je dors par terre. Tout est facile avec moi. Pour connaître
un artiste, cette émission vaut tous les portraits...
PM. Votre quotidien
a dû être si différent...
M.R.
Quand on se lève le matin, on sent le bétail,
on trait les vaches, on va réparer une hutte, on va chercher
un peu d'eau. On creuse 1 mètre, 3 mètres ou 10 mètres.
Puis on se repose, ensuite on bat le lait pour en faire du lait
caillé, après on va chercher du maïs et puis,
la journée continue. A la belle lumière, on aperçoit
des femmes pieds nus qui reviennent avec du bois, et on devine des
ombres avec le coucher du soleil. Le lendemain, on sait que ce sera
pareil, et le surlendemain aussi. L'inverse de la course après
rien. On est dans l'être. Et c'est la quête de ma vie
aujourd'hui... J'ai côtoyé une reine, Katjambia, l'aînée
du village. J'ai vu en elle du charisme. C'est quoi le charisme
? On est content d'être à côté de quelqu'un,
même si on ne se dit rien. Une force se dégage... Je
n'en vois plus aujourd'hui. On s'en foutait toutes les deux de ne
pas parler la même langue. C'était magnifique, on a
partagé. Notre voyage nous a donné l'occasion d'emmener
deux femmes et leurs fils voir la mer. Ils ne savaient pas ce que
c'était et ignoraient même le mot. Nous avons eu le
bonheur de partager leur émotion empreinte de beauté
et de dignité. Et, pour la première fois de leur vie,
ces quatre personnes se sont aspergées d'eau de mer. Les
Himbas se lavent avec du lait et les femmes font leur toilette avec
une fumigation faite de braise et d'herbe. Une sorte de nettoyage
à sec. Après, elles s'enduisent d'ocre qu'elles passent
sur le corps avec de la graisse rance de vache. J'ai essayé.
Il faut avoir le sens des choses qui ne se reproduiront jamais.
C'était unique, émouvant. Se mélanger à
de la terre est d'une grande sensualité... La volupté,
la douceur de la lumière et des couleurs, est incroyable
dans ce pays.., une impression de début du monde.
P.M.
Ce voyage vous a donné envie de repartir ailleurs?
M.R. C'est très tentant... mais j'ai trouvé
un lieu, une terre où je suis bien, la Corse. J'ai tellement
envie de la connaître, de la sentir. Je m'y suis acheté
une maison près de l'eau. Toute simple. Le matin, les moutons
viennent prendre le café avec moi, j'ai les mains dans la
terre. Je suis entourée de gens qui ont un peu moins perdu
les valeurs... En Corse, j'ai le sentiment que tout est divin. La
Corse est comme une très bonne amie. Je sais qu'elle ne me
fera jamais de mal. Je la respecte et j'aime ses habitants.
P.M. C'est une
évidence, vous êtes heureuse...
M.R.
J'ai beaucoup changé. Je vais bien. Je suis à
peu près normale... je m'aime davantage. J'ose. Je ne suis
plus en colère après moi. Il y a quelque chose que
j'ai poli pour moins souffrir. J'arrive à recevoir, à
dire merci et à entendre les compliments. .. Mais cela m'a
pris trente ans.
P.M.
Etes-vous nostalgique du passé ?
M.R. Non. C'est le passé qui vous fait rester dans
le mal-être. Trouver la lumière, l'axe pour aller bien,
ce n'est pas évident. "Aller bien", je n'en comprenais
pas la signification, avant... Donc je m'en sors pas mal. J'ai beaucoup
travaillé sur moi. Douze ans d'analyse... Le fruit de ce
travail est là. Ma victoire.
P.M. Vous auriez pu plonger dans l'alcool ou la drogue...
M.R. L'alcool, oui. Mais je n'ai jamais touché à
la drogue. Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est le jeûne
de trois semaines que j'ai fait en début d'année.
Le recul, la solitude, et le nettoyage m'ont rendue neuve. J'ai
choisi de me couper du monde, je voulais me recentrer. J'étais
seule, encadrée, dans une clinique. J'avais un peu de mal
à exister dans ma vie.Toujours les autres, les autres...
Le silencereconstruit. Penser à soi, c'est se faire du bien.
L'inverse de la compensation. Ce n'est pas égoïste de
se faire du bien. Ça aussi, j'ai mis cinquante aûs
à le comprendre.
PM.
Votre carrière aurait été différente
si vous n'aviez pas eu tous ces complexes qui vous ont encombrée...
M.R.
Bien sûr... Le plus dur est derrière moi.
J'aime l'idée du courage. Et il m'en a fallu ! J'ai quand
même réussi une carrière. Et le rôle de
Marie Besnard que j'interprète dès la rentrée
m'a permis de donner autre chose. J'aime l'idée d'être
perçue de manière plus exacte comme comédienne.
C'est-à-dire, pas seulement une femme qui fait des sketchs.
Après, j'espère jouer une comédie romantique...
le rôle d'une super nana, très, très belle et
très bandante î Je saurai la jouer, parce que c'est
un jeu et le jeu c'est mon métier. Je ne suis plus dans le
regard des autres. Je n'attends rien. Je veux me surprendre, sinon
je m'ennuie. Je ne cherche pas à remplir mon agenda. Je préfère
aller en Corse et pêcher plutôt que de faire un film
qui ne dit rien. Mon public, je l'aime et je veux le surprendre
aussi.
P.M.
Vous qui allez si bien, vous auriez enfin le temps de vous occuper
d'un enfant....
M.R.
Cette idée est un peu nouvelle. Avant, j'étais trop
mon propre enfant pour en avoir un. J'étais lucide. Je n'en
ai jamais souffert car je ne voulais pas en faire un ou en adopter
pour me sauver. Un enfant était impossible avant. Aujourd'hui,
je suis prête à en élever un. Je veux faire
confiance à la vie qui s'est pas mal occupée de moi.
Un jour, peut-être...
P.M. Vos rêves se sont-ils tous concrétisés
?
M.R.
Déjà, celui de Kaboul... Un hôpital
de 200 lits, où l'on opère tous les jours. Ce projet
est né de la rencontre magnifique avec Marine Jac-quemin,
ma sœur de cœur. Nous étions animées au
même moment par la même chose : aider à sauver
le monde. On a réussi et ça, c'est magnifique. On
l'a fait. Le mot "impossible" n'existe pas. Mais quand
je vois à la une d'un magazine, après l'inauguration
de l'hôpital, un journaliste très connu associer son
nom à "son combat pour Kaboul. .. ", ça,
ce n'est pas magnifique. Je constate juste que l'on n'est pas tous
pareils... C'est ce paysage de comportements vulgaires qui me donne
envie d'apprendre à pêcher avec Richard et Jeannot,
des amis corses. Etre suffisamment débarrassée du
reste pour parler de la façon dont on attrape un poisson
? Je ne suis plus dans les compensations, mais plutôt dans
l'instant. On se rapproche de la Namibie...
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