| Quelqu'un
vous attend quelque part ...
France
2 Hebdo - juillet 2006
Frédéric Lopez : J'ai imaginé
ce concept il y a quinze ans par que je trouvais que le commentaire
en voix "off" des documentaires instaurait une distanciation
entre ce qu'on voyait à l'écran et le téléspectateur.
C'était abstrait et souvent on ignorait si les images avaient
été tournées la veille ou dix ans auparavant.
Dans Rendez-vous en terre inconnue, nous allons au bout du monde
rencontrer des gens qui partagent la même planète que
nous. Découvrir quelle est leur place dans ce monde, à
quoi ils aspirent, si leur destin est encore entre leurs mains.
Je ne veux pas parler des Himbas de Namibie en général,
je veux
que les téléspectateurs fassent connaissance, au travers
du regard et de l'humour de Muriel Robin, avec Katjambia, Zouari
ou Vakaouta et tous les autres. Cette émission est comme
un documentaire subjectif.
Ce
concept a vu le jour sur France 5. Qu'a t il de plus aujourd'hui
?
F.L
: II faut préciser que France 5 n'avait jamais reçu
autant de courrier pour une émission ! Mais, grâce
à France 2, nous allons gagner en visibilité et encore
en qualité. Ce dernier aspect relève aussi de la société
de production Bonne pioche, récemment "oscarisée"
pour La Marche de l'empereur, qui nous a apporté son savoir-faire
original. Vous verrez, par exemple, des images prises d'hélicoptère
à couper le souffle, ce qu'on ne pouvait pas se permettre
dans la première version de l'émission.
Pourquoi avoir rajouté "rendez-vous" au
titre initial?
F.L : Parce que nous allons à la rencontre de personnes.
J'adore cette phrase : "il y a quelqu'un qui vous attend quelque
part sur la planète." Elle produit un effet incroyable
sur l'invité. Il y a là une part de romanesque...
Muriel Robin : C'est un peu la réalisation
du fantasme - tout en restant lucide - du Prince Charmant qui vous
fait la surprise de vous emmener au bout du monde. L'affectif et
les scènes de ménage en moins (rires).
Comment et Pourquoi accepte-t-on une telle aventure ? une
deuxième fois, qui plus est.
M.R : Frédéric m'a présenté
ce projet en 2004, en me disant qu'il avait pensé à
moi au moment de l'écriture. Ce qui me confère le
titre officiel de marraine de l'émission ! Nous nous étions
seulement croisés sur le plateau de Comme au cinéma,
mais humainement le feeling passait et j'avais confiance en lui.
C'était la condition sine qua non car je remettais ma vie
entre ses mains. Et c'est comme ca que nous avons atterri au Cameroun,
la première fois. Ensuite, on s'est beaucoup interrogés
sur la possibilité d'une autre émission ensemble.
Mais en tant que marraine et sachant que le voyage serait totalement
différent, ces questions ont vite perdu leur objet.
F.L : Muriel est l'invitée idéale.
Elle a une formidable capacité à faire partager ses
émotions, parce qu'elle est vraie tout le temps, qu'elle
emmène les téléspectateurs avec elle. Elle
a un don : celui de l'humour, et le sien est une forme d'intelligence
supérieure.
Et après, sur le terrain, ça se passe comment
?
M.R : Une fois la confiance acquise - et croyez moi, il
faut avoir confiance pour partir 17 jours avec deux culottes (rires)
! - on doit accepter de se laisser prendre par la main, ce qui n'est
pas évident pour quelqu'un comme moi qui dirige beaucoup
et souvent. Mais être prise en charge, ne s'occuper de rien,
cela vient appuyer sur mon côté "doux", sur
la douceur qui est en moi. C'est un cadeau magnifique ! Je n'étais
dans l'attente de rien, tout me réjouissait. Je ne suis pas
spécialement aventurière, pourtant l'équipe
m'a offert le superbe surnom de "4x4". Ils trouvent que
j'ai une grande facilité d'adaptation.
F.L : Dans sa case, elle avait installé
son petit coin. Le matin, la vache la réveillait Elle se
levait, allait se brosser les dents. Elle faisait sa petite lessive
en pyjama. Tout lui paraissait normal.
M.R. : Pour moi, c'est le comble luxe de pouvoir
voyager comme ça. Là bas, j'essayais d'être
au maximum dans l'instant présent pour profiter de tout intensément.
La découverte était totale, rien n'importait d'autre
que les Himbas, les paysages, les animaux.
Comment communiquiez vous avec les Himbas ?
F.L : Avec un traducteur anglais-himba et grâce à
l'humour. Le premier jour, quand nous sommes arrivés chez
les Himbas, chacun à leur tour ils se sont présentés
par leurs prénoms et Muriel les répétait consciencieusement
jusqu'à ce qu'elle bute sur l'un d'eux et qu'elle y rajoute
sa petite touche personnelle. Ils auraient pu très mal le
prendre mais on a tous eu un grand fou rire. Son humour passe les
frontières parce qu'elle rit avec les gens, qu'elle crée
un échange.
M.R. : Il y a un homme que j'ai très vite
appelé "mon fiancé", Zouari. C'est tout
de suite devenu un jeu entre nous et une belle complicité
est née. Le jour oùnous sommes tous allés voir
la mer, qu'ils découvraient, il a spontanément joué
avec moi la scène de la plage d''Un homme et une femme".
Nous avons couru au ralenti l'un vers l'autre tout comme dans le
film, alors qu'il ne l'avait jamais vu.
F.L : Je me souviendrai toujours de vous deux en
train de vous acharner à faire du feu et, quand enfin il
prenait, vous asseoir fièrement sur vos cailloux.
M.R. : C'est quand vous m'avez laissée vingt-quatre
heures seule avec eux !
Vous avez laissé Muriel vingt-quatre heures seule
avec les Himbas ?
F.L. : Oui, nous lui avons proposé de vivre en accéléré
ce qu'a vécu Solenn Bardet, la jeune femme qui nous a accompagnés
chez les Himbas. Solenn a habité parmi eux pendant deux ans
et ne les avait plus vus depuis dix ans. Enfant, elle avait beaucoup
lu sur l'Afrique et cherchait à vivre une expérience
hors du commun. Alors, elle est partie comme ça, sans traducteur,
sans véritable guide et elle s'est tout fait voler. Comme
elle n'avait pas de bétail, pas de parents pour l'aider,
les Himbas en ont eu pitié et l'ont recueillie. Imaginez
leurs retrouvailles après dix ans... Intenses !
M.R
: Pendant ce temps, je construisais avec les femmes une maison avec
de la terre et de la bouse de vache !
F.L
: Tout en leur apprenant "Le lundi au soleil" de Claude
François. Il faut le voir !
Avec
quoi revenez vous dans vos bagages ?
M.R : Je me suis rendu compte que mon rythme intérieur
collait parfaitement au leur. Contrairement aux Occidentaux, ils
sont riches d'avoir su préserver l'essentiel, ce qui leur
confère une évidente authenticité. ils vivent
en quasi-autarcie sur cette terre depuis plus de quatre siècles.
F.L
: Les Himbas sont 7000 dans un pays de 2 millions d'habitants. La
Namibie a acquis son indépendance récemment et revendique
son désir de se moderniser. Mais, pour des raisons géographiques
et politiques, les Himbas ont été tenus à l'écart
de ces évolutions. Aujourd'hui leurs compatriotes les traitent
d'animaux parce qu'ils vivent encore nus et couverts d'ocre. Les
hommes, eux, commencent à mettre des t-shirts, mais pas les
femmes. Un enjeu que l'on comprend dans le film.
M.R
: Elles m'ont montré où elles cherchaient l'ocre et
comment elles s'en enduisaient, et je les ai imitées. On
doit voir que je réfléchis une demi-seconde avant
d'enlever le haut. Mais je me suis dit que ce genre d'expérience
ne se représenterait pas et qu'on pourrait toujours couper
au montage.
F.L
: Les femmes ont été très émues que
Muriel réagisse ainsi et ne les snobe pas. Les Himbas ont
une autre particularité dans leur conception du monde : une
très belle notion du temps ; contrairement à nous,
ils voient leur passé devant eux et leur futur, qu'ils ignorent,
derrière eux. On comprend que le sens des responsabilités
en soit totalement modifié... En guise de conclusion, je
dirais que Muriel et moi avons vécu cette expérience
dans la sincérité la plus totale. Si, comme on le
prétend, la télévision est une loupe, je pense
que cela se verra.
|