| Line
Renaud et Muriel Robin prennent la route - Le Figaro - 27 septembre
2007
Marion
THEBAUD
Les
deux actrices jouent « Fugueuses », de Pierre Palmade
et Christophe Duthuron, aux Variétés. Une fuite dynamique
en dix tableaux.
L'UNE porte un sac à dos : c'est Muriel Robin alias Margot.
L'autre, une valise constellée d'étiquettes : c'est
Line Renaud alias Claude. Toutes les deux attendent une voiture
qui les conduira loin de chez elles. Que fuient-elles ? L'ennui,
une vie étriquée, un manque de liberté... Au
cours de leur voyage, Margot et Claude vont apprendre à se
connaître.
Ainsi
débute Fugueuses, la pièce de Palmade et Duthoron.
Ce même tandem avait écrit Pierre et fils, joué
la saison dernière par Palmade et Pierre Richard. Ils ont
repris le concept de ce précédent succès :
dix tableaux, dix décors, dix situations qui s'enchaînent
sur une courte période.
«Margot, ce n'est pas moi », précise Muriel Robin.
« C'est même un contre-emploi. Elle n'a pas deux sous
d'autorité, par exemple. Enfin, je ne joue pas une meneuse.
» Détendue, le teint hâlé, elle fait face
à Line Renaud dont les yeux vous regardent sans ciller. Ces
deux-là ont le même amour du plateau, la même
envie d'en découdre avec le public, vaille que vaille. Ces
deux-là n'ont peur de rien et là réside leur
complicité née il y a dix-sept ans. « J'étais
allée applaudir Muriel au Tintamarre, se souvient Line Renaud.
Au dîner qui a suivi, on a connu un coup de foudre d'amitié.
» Muriel se reconnaît dans le dynamisme de cette madame
cent mille volts. « Nous sommes de la même race. Toutes
les deux, nous avons tourné le dos à ce que nous savions
faire pour tenter autre chose. Line a abandonné la revue
pour le théâtre, moi les sketches. J'avais fait le
tour. »
Toutes les deux militent également au sein de nombreuses
associations, Ensemble contre le sida pour Line, la Chaîne
de l'espoir pour Muriel, oeuvrant avec Marine Jacquemin à
la réalisation d'un institut médical français
pour l'enfant à Kaboul. Femmes de caractère, elles
tombent d'accord. « Ce projet n'est absolument pas construit
sur notre amitié. Nous nous regardons plutôt en chiens
de faïence au début de la pièce. Leurs rapports
vont évoluer bien sûr et, au final, Claude dira de
Margot qu'elle est la fille qu'elle aurait voulu avoir mais au début
c'est une autre chanson ».
Un
travail sur la simplicité
Au lever de rideau, elles sont sur la même nationale, attendant
une voiture. Margot a claqué la porte de chez elle, fatiguée
de vivre un quotidien sans rêve ni amour. Claude, qui a derrière
elle un passé de bonne vivante toujours prête à
lever le camp, fuit la maison de retraite où son fils l'avait
installée. Margot, petite souris, n'a jamais bronché.
Le rôle amuse Muriel Robin. « J'ai travaillé
sur la simplicité. Je l'affuble d'une petite barrette dans
les cheveux, par exemple. Elle n'est pas très dégourdie
mais, du coup, elle est touchante. C'est un texte comme je les aime,
ponctué de rires et de tendresse.»
Claude,
le leader, mène l'aventure. Elles vont apprendre à
se connaître et s'entraider. « Le spectacle, succession
de séquences, est rythmé comme un film, explique Line
Renaud. Nous ne sommes pas du tout dans la culture de Duo sur canapé
mais dans un spectacle vif, innovant, qui conjugue la comédie
et l'émotion. »
De son personnage, elle aime sa capacité d'enthousiasme :
« C'est une femme qui a vécu, aimé, souffert.
Elle prend sous son aile Margot et partage avec elle des moments
qu'elle n'est pas prête d'oublier. Elle qui a vécu
en solitaire découvre les joies de la complicité.
J'aime cette femme qui vit encore des premières expériences.
Apprendre, découvrir, c'est le plus beau cadeau que la vie
peut offrir. » À les entendre, elles n'ont jamais cédé
à la tentation de la fugue. Une heure de bouderie pour Muriel,
une échappée à bicyclette pour Line qui voulait
voir Paris, c'est tout. Mais elles savent que ce désir d'aller
voir ailleurs habite tout un chacun et, à l'heure du succès
de Desperate Housewives, elles savent que jouer les femmes désespérées,
avec humour, est un atout dans leur jeu.
Théâtre des Variétés, du mardi au
samedi à 21 heures, samedi à 16 h 30. Tél.
: 01 42 33 09 92.
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